Assala Energy : chronique d’un fiasco prévisible et d’un gâchis financier

Assala Energy : chronique d’un fiasco prévisible et d’un gâchis financier

En se portant acquéreur d’Assala Energy en juin 2024 pour plus d’un milliard de dollars, avec le concours du négociant suisse Gunvor, l’Etat gabonais, sous la houlette du général putschiste Brice Clotaire Oligui Nguema, avait voulu marquer les esprits. La récupération de cet actif était présentée comme un jalon décisif dans la construction d’une souveraineté énergétique et la restructuration du secteur pétrolier national. Pourtant, moins d’un an après cette opération présentée comme triomphale, la réalité s’impose avec une brutalité implacable : la production d’Assala Energy connaîtra en 2025 une chute estimée à 4,91 %, soit une décrue de 823 000 barils par rapport à l’année précédente. Un véritable camouflet qui illustre l’amateurisme avec lequel ce rachat a été mené. 

Une acquisition aux coûts surévalués 

Avec un prix d’achat astronomique d’un milliard de dollars, la prise de contrôle d’Assala Energy par Gabon Oil Co (GOC) apparaît désormais comme un investissement inconsidéré, fruit d’une absence totale de vision prospective. Cette décision, motivée par des considérations politiques plus qu’économiques, s’est faite sans les préalables techniques nécessaires à une évaluation rigoureuse de la rentabilité des actifs acquis. En témoigne la découverte tardive, après l’opération de rachat, que trois des puits en exploration (Rabunga-A, Rossignol-A et Totou-NE) étaient secs, tandis que les travaux sur celui de Totou-E ont été abandonnés. Une information qui aurait dû être anticipée par des études géophysiques et géochimiques approfondies. Leur absence traduit une impréparation flagrante et une précipitation irrationnelle dictée par des objectifs de communication politique. 

Le président de transition Brice Clotaire Oligui Nguema, dans un discours du 30 août 2024, avait vanté les perspectives florissantes du site d’Ozigo II, où se trouve le puits Rossignol-A. Or, ce dernier s’est avéré inexploitable. Ce fiasco démontre non seulement l’aveuglement des autorités, mais également leur volonté de manipuler l’opinion en travestissant la réalité du terrain. 

Un projet fragilisant l’avenir énergétique du Gabon 

Avec un débit quotidien de 43 560 barils prévu en 2025 contre 45 750 en 2024, la tendance est clairement à la baisse. La production des six permis d’Assala Energy (Rabi Kounga II, Toucan II, Bende M’Bassou Totou II, Koula/Damier, Gamba/Ivinga et Atora II) ne compensera pas l’investissement massif déployé pour leur rachat. Cette situation confirme les craintes des analystes qui, dès 2024, mettaient en doute la capacité de la GOC à opérer ces actifs de manière optimale. Avant cette acquisition, la GOC ne gérait qu’un seul permis, Mboumba, produisant un modeste 1 000 barils par jour. L’argument avancé par son directeur général, Marcellin Simba Ngabi, selon lequel cette opération permettrait à la société d’état de monter en gamme, semble aujourd’hui à contretemps de la réalité des chiffres. 

Une opération aux relents de corruption 

Au-delà de l’incompétence manifeste des décideurs, cette affaire prend des allures de scandale financier. En témoignent les départs suspects au sein de Gunvor, partenaire financier de cette transaction. Le codirecteur du trading pétrolier du groupe, Stéphane Degenne, a pris une retraite précipitée, tandis que le principal négociateur de l’accord, Guillaume Letessier, a été abruptement remercié. Ces évictions soudaines alimentent les soupçons de détournement d’actifs et de conflits d’intérêts. Comment expliquer autrement l’empressement de Gunvor à financer cette acquisition sans exiger, contrairement à d’autres négociants comme Vitol ou Trafigura-BP, qu’un opérateur chevronné accompagne la GOC ? Ce laxisme, aussi inexplicable que suspect, laisse entrevoir d’opaques arrangements dont les Gabonais risquent de payer le prix fort. 

Une débâcle qui ternit le bilan présidentiel 

Brice Clotaire Oligui Nguema, qui ambitionne de transformer cette préemption en atout électoral, se retrouve piégé par la réalité du terrain.

En avril 2025, alors qu’il briguera un mandat à la présidentielle, son pari pétrolier risque d’apparaître pour ce qu’il est : une décision hasardeuse, coûteuse et contre-productive. Loin de renforcer la souveraineté énergétique du Gabon, l’acquisition d’Assala Energy menace au contraire de plonger le pays dans une crise pétrolière d’ampleur. Si cette opération avait été réalisée avec plus de rigueur et de transparence, le Gabon aurait pu éviter cet immense gâchis financier. 

Aujourd’hui, les signes avant-coureurs d’un échec annoncé se multiplient. La décrue de la production, l’opacité des montages financiers et la valse des dirigeants impliqués dans l’opération envoient un signal alarmant. Le Gabon risque de payer cher l’improvisation de ses dirigeants et l’incapacité chronique de son président à prendre des décisions avisées. Assala Energy ne sera pas le tremplin de la relance économique tant vantée ; elle incarne désormais l’illustration tragique d’une stratégie à courte vue et d’un pouvoir aux abois.

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