Depuis son accession au pouvoir en août 2023, le général Brice Clotaire Oligui Nguema s’est engagé dans une frénésie diplomatique aux allures d’errance politique. En l’espace de 18 mois, le président putschiste a effectué pas moins de 36 voyages officiels, soit une moyenne de 2 déplacements mensuels. Cette hyperactivité diplomatique, loin de renforcer la stature du Gabon sur la scène internationale, illustre davantage une gouvernance en pilotage automatique, où l’apparat des rencontres protocolaires supplante les impératifs nationaux.
Une diplomatie fastueuse sur fond de misère populaire
À chaque déplacement, le général Oligui Nguema ne voyage pas seul. Il est accompagné d’une imposante délégation dont le train de vie dispendieux heurte la réalité économique d’un pays en crise. Transport en avion présidentiel ou en jets privés, séjours dans des hôtels de luxe, per diem mirobolants pour les accompagnateurs, le tout assorti d’une logistique de sécurité coûteuse : les frais engagés sont colossaux.
Dans un Gabon où l’inflation étrangle les foyers, où le chômage des jeunes atteint des proportions dramatiques et où les infrastructures sont à l’abandon, ces dépenses somptuaires relèvent d’une indécence criante. La question budgétaire se pose avec acuité : combien de milliards de francs CFA ont été engloutis dans ces pérégrinations ? Combien d’écoles, d’hôpitaux et de routes auraient pu être réhabilités avec ces fonds détournés au profit d’une diplomatie de façade ?
Une allégeance suspecte à la France
Parmi les nombreuses destinations visitées, un pays se démarque : la France. Oligui Nguema s’y est rendu à quatre reprises, un chiffre qui ne doit rien au hasard. Paris est, de toute évidence, le véritable centre de gravité du pouvoir gabonais. Ces voyages répétés traduisent une réalité inavouable : le Gabon post-Bongo n’a pas rompu avec la Françafrique, bien au contraire, il en est devenu un rouage essentiel.
À l’Élysée, le général reçoit ses directives et rend compte de sa gestion, confirmant ainsi qu’il n’est qu’un pion au service des intérêts français en Afrique centrale. Cette soumission à la métropole coloniale anéantit tout espoir de souveraineté véritable et conforte l’image d’un régime inféodé aux desiderata de Paris, au mépris des aspirations du peuple gabonais.
Une diplomatie aux résultats faméliques
Si ces déplacements effrénés avaient produit des résultats tangibles, leur justification aurait pu être recevable. Or, le bilan est accablant. Sur le plan continental, le Gabon demeure sous le coup d’une suspension de l’Union Africaine depuis le coup d’État du 31 août 2023. Ce statut d’État paria réduit considérablement sa marge de manœuvre et affaiblit son influence régionale.
Sur le plan économique, l’échec est tout aussi patent. La diplomatie économique d’Oligui Nguema n’a généré ni financements extérieurs significatifs ni relance des investissements directs étrangers. Pire, le Gabon a subi un camouflet financier retentissant : en janvier 2025, la Banque mondiale a suspendu ses décaissements en raison d’impayés persistants. Dans la foulée, la Banque africaine de développement a emboîté le pas, coupant à son tour ses financements. Ces décisions cinglantes sont le témoignage d’une gestion économique calamiteuse, où l’accumulation des dettes et l’absence de crédibilité financière ont plongé le pays dans une situation de quasi-banqueroute.
Loin d’attirer des investisseurs, cette spirale d’instabilité a dissuadé les capitaux étrangers. L’absence de nouvelles entreprises et industries prive ainsi la jeunesse gabonaise d’opportunités d’emploi, aggravant une crise sociale déjà explosive.
Un Gabon en panne, un président en transit
Face à ce constat accablant, une question s’impose : Brice Oligui Nguema gouverne-t-il réellement ? Sa boulimie diplomatique contraste avec une léthargie manifeste sur le front intérieur. Pendant qu’il parade sur la scène internationale, les réformes promises s’enlisent, la lutte contre la corruption demeure un slogan creux et l’administration publique continue de se déliter.
Le peuple gabonais, lui, assiste impuissant à l’effondrement de son quotidien : pensions de retraite impayées, bourses d’études suspendues, hôpitaux à l’agonie et infrastructures délabrées. Le sentiment d’abandon s’intensifie, et avec lui, la grogne sociale. Au sein même des cercles militaires et politiques, des voix s’élèvent pour dénoncer un président plus préoccupé par ses voyages que par la gouvernance du pays.
En définitive, cette diplomatie effrénée, déconnectée des urgences nationales, ne fait qu’accélérer l’isolement politique du régime et précipiter son discrédit. Un chef d’État ne saurait diriger un pays par intermittence. À trop vouloir s’afficher à l’étranger, Oligui Nguema risque de perdre le peu d’autorité qui lui reste au Gabon. L’histoire récente nous l’enseigne : les régimes en errance diplomatique finissent souvent par s’effondrer sous le poids de leur propre inconsistance.
