CTRI: Démocratie et Gouvernance, un Engagement Non Tenue

CTRI: Démocratie et Gouvernance, un Engagement Non Tenue

Lorsque, le 30 août 2023, le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) renversait Ali Bongo Ondimba, nombre de Gabonais y voyaient l’aube d’une ère nouvelle. Porté par un enthousiasme populaire sincère, Brice Clotaire Oligui Nguema s’était engagé à redresser un pays miné par des décennies de corruption et de clientélisme. Hélas, un an et demi après son accession au pouvoir, le bilan est accablant : l’espoir d’une gouvernance régénérée s’est mué en une profonde déception, et les promesses de démocratie et de transparence ne sont qu’un lointain souvenir.

Des engagements bafoués : Une transition sans feuille de route

Parmi les trois priorités majeures annoncées dans le discours du 4 septembre 2023, la démocratie et la gouvernance responsable apparaissaient comme le socle fondamental de cette transition. Cependant, les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • 23,8 % des promesses non réalisées
  • 33,3 % très partiellement réalisées
  • 38,1 % partiellement réalisées
  • Seulement 4,8 % pleinement accomplies

Dans les faits, une seule mesure concrète a été mise en œuvre : le renforcement des relations diplomatiques. Pour le reste, la désillusion est totale.

Des atteintes aux droits humains persistantes

Alors que le CTRI se posait en rempart contre les abus du passé, la réalité est toute autre :

  • Arrestations arbitraires toujours d’actualité
  • Une justice inféodée au pouvoir en place, sans véritable réforme
  • Des atteintes aux libertés fondamentales non seulement inchangées, mais parfois aggravées

Les engagements à garantir une indépendance de la justice et à lutter contre les pratiques arbitraires et le népotisme sont restés lettre morte. Le peuple gabonais se retrouve face à une réplique quasi identique du système qu’il espérait voir disparaître.

Un pouvoir gangrené par l’incompétence et la corruption

L’inefficacité du CTRI à instaurer une gouvernance saine ne relève pas d’un simple retard dans la mise en œuvre des réformes, mais bien d’une incapacité structurelle à piloter un projet politique viable. Brice Oligui Nguema n’a ni la vision, ni les compétences requises pour mener à bien une transformation institutionnelle profonde. Pire encore, il s’est entouré de figures de l’ancien régime, issues du Parti Démocratique Gabonais (PDG), dont l’objectif réel n’est autre que de pérenniser un système de privilèges et de corruption.

La nomination de personnalités controversées, la persistance de nominations clientélistes et la répétition des erreurs du passé confirment une triste vérité : le CTRI ne cherche pas à restaurer la démocratie, mais plutôt à s’ancrer dans une dynamique autoritaire camouflée sous des discours de réforme.

Des scandales financiers en série : la corruption toujours reine

Les espoirs d’une rupture avec la gabegie économique du passé ont été anéantis par la révélation de multiples scandales financiers, impliquant des figures de l’administration en place. Parmi les plus notoires :

  • L’affaire Aurélien Mintsa Mi Nguema
  • Le scandale de la SEEG
  • Le scandale de la CNAMGS
  • La crise financière du FGIS et de la SNBG
  • L’affaire Mays Mouissi, où le ministre de l’économie, démis en janvier 2025, est accusé d’enrichissement illicite

Ces dérives, loin d’être des exceptions, sont le symptôme d’un système qui refuse de se réformer. Le CTRI a prouvé qu’il était incapable de juguler la corruption, pire, il en est devenu un rouage actif.

Une illusion de changement, un avenir incertain

La transition gabonaise, qui aurait dû marquer le renouveau du pays, s’avère être une chimère tragique. Brice Oligui Nguema et son gouvernement de transition se sont enfermés dans une posture autocratique, éloignée des aspirations réelles du peuple.

Le Gabon n’est pas sur la voie du progrès, mais enlisé dans un cycle d’immobilisme et de compromission. Face à cet échec retentissant, la responsabilité repose désormais sur les citoyens gabonais, qui devront exiger des comptes et revendiquer, avec force, la véritable transformation tant attendue.

Si rien ne change, cette transition ne restera qu’un régime de plus, prêt à s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions.