Gabon : Perenco et la GOC s’affrontent dans une bataille pour Tullow Oil, avec des enjeux troubles

Gabon : Perenco et la GOC s’affrontent dans une bataille pour Tullow Oil, avec des enjeux troubles

Depuis quelques jours, la course à l’acquisition des actifs de Tullow Oil au Gabon est devenue un véritable champ de bataille où s’affrontent des acteurs aux intérêts flous et peu rassurants. La Gabon Oil Co (GOC), l’entreprise publique gérée par l’État, se retrouve plongée dans une guerre d’ego, décidée à remporter cette transaction coûteuse, mais peut-être hasardeuse pour le Gabon.

Le directeur général de la GOC, Marcellin Simba Ngabi, s’est discrètement rendu à Londres début mars pour une rencontre avec le directeur général par intérim de Tullow Oil, Richard Miller. L’objectif affiché : tenter de faire une offre pour acquérir les actifs que Tullow souhaite céder. Mais derrière les apparences de courtoisie, il s’agit surtout d’une lutte de pouvoir où l’opacité des intentions est de mise. Comme l’a révélé Africa Intelligence (AI du 31/01/25), Tullow Oil cherche à se débarrasser de ses actifs au Gabon, comprenant sept permis dans différentes zones du pays (DE8, Simba, Tchatamba, Etame offshore, et Echanga, Niunga et Ezanga onshore), avec une production de 12 200 barils équivalents pétrole par jour en 2023.

La conversation entre les deux dirigeants, bien que cordialement en apparence, a révélé des informations cruciales. En effet, Perenco, la société familiale, a déjà proposé 350 millions de dollars pour ces actifs, une somme qui semble bien loin des attentes de Tullow Oil, dont la valorisation de ses réserves au Gabon dépasse les 400 millions de dollars. Ce jeu de chiffres semble plus être une négociation acharnée qu’une simple transaction commerciale.

Une quête désespérée de liquidités pour contrer Perenco

Pour tenter de contrer Perenco, déjà leader en termes de production au Gabon, Marcellin Simba Ngabi se retrouve dans l’obligation de trouver des financements conséquents, bien loin de la simple stratégie de consolidation des intérêts du pays. Ce dernier, obstiné à ne pas laisser son concurrent croître davantage, se lance dans une recherche désespérée de liquidités. Toutefois, ses tentatives de lever des fonds sont loin d’être couronnées de succès.

Après avoir réussi à lever près de 1 milliard de dollars auprès de Gunvor pour l’acquisition de Carlyle/Assala Energy en 2024, Simba semble se heurter à des portes closes cette fois-ci. Gunvor ne semble pas disposé à remettre la main au portefeuille pour de nouveaux projets gabonais. De plus, les discussions avec la société d’État d’Abu Dhabi, Adnoc, n’ont abouti à rien de concret jusqu’à présent. Même les géants du trading, comme Vitol et Trafigura, qui étaient prêts à investir dans l’accord Carlyle, ne semblent pas enclins à prêter la somme astronomique nécessaire pour cette acquisition. Tout porte à croire que le Gabon se retrouvera dans une position encore plus délicate si le projet échoue.

Glencore, un intérêt flou dans un contexte incertain

Glencore, bien qu’ayant récemment accordé un préfinancement pétrolier de 400 millions de dollars à Tullow Oil, pourrait être tenté par l’acquisition, mais son désengagement progressif de l’Afrique pourrait compliquer cette issue. Le manque de clarté autour de cet investissement soulève de nombreuses questions : le Gabon peut-il réellement compter sur un acteur de la taille de Glencore dans une période aussi incertaine ?

Une transaction politique sous haute surveillance

Cette transaction est également surveillée de près dans le contexte politique tendu du Gabon, à l’approche de l’élection présidentielle du 12 avril. Le président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, en pleine campagne pour sa propre réélection, pourrait voir dans cet achat une manière de solidifier sa position. Mais l’implication de l’État et de la GOC dans cette bataille suscite des inquiétudes : un tel rachat est-il dans l’intérêt du pays ou simplement un nouvel outil de renforcement d’une oligarchie déjà bien en place ? Les Gabonais, de plus en plus sceptiques, risquent de voir cette guerre d’acquisitions comme un jeu de pouvoir dans lequel les bénéfices sont loin d’être partagés équitablement.

Source : Africa Intelligence

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