Un projet risqué de reprofilage de la dette
À l’approche de l’élection présidentielle du 12 avril, Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la transition et candidat à sa propre succession, se lance dans un projet extrêmement risqué de “reprofilage” de la dette publique du Gabon. Cette opération colossale, qui concerne plus de 2 100 milliards de francs CFA (soit 3,4 milliards de dollars), est loin d’être une solution viable à long terme, et risque de fragiliser davantage l’économie du pays déjà au bord du gouffre.
Un report de la dette aux conséquences lourdes
Le principe de ce reprofilage ? Un allongement des échéances de la dette intérieure, avec des créances qui, aujourd’hui, arrivent à échéance en deux à trois ans, repoussées à cinq voire sept ans. Si cette opération permet de gagner du temps à court terme, elle reporte inévitablement la pression de la dette sur les générations futures, aggravant le fardeau économique et social pour les Gabonais de demain.
Un recours à de nouvelles dettes risquées
Mais ce n’est pas tout : le reprofilage consiste également à émettre de nouveaux titres pour remplacer les anciens, ce qui pourrait mettre à mal la crédibilité du pays auprès des investisseurs. Ces nouvelles dettes risquent d’entraîner des coûts supplémentaires astronomiques à mesure que les taux d’intérêt continuent d’augmenter, et les conditions de remboursement deviennent de plus en plus lourdes pour un pays déjà exsangue. En d’autres termes, l’État gabonais s’enfonce dans un cycle d’endettement sans fin, et ce sous la supervision directe d’Oligui Nguema, dont les motivations semblent davantage liées à sa réélection qu’à la résolution durable des problèmes économiques du pays.
Une dégradation de la crédibilité internationale
Les conséquences de cette opération sont déjà visibles : la note de crédit du Gabon a été dégradée à CCC par l’agence Fitch Ratings en janvier, une situation alarmante qui témoigne de la perte de confiance des marchés financiers. L’État est donc contraint de rembourser en urgence des arriérés de paiement à des institutions internationales comme la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD), ce qui, loin de constituer une solution pérenne, ne fait qu’ajouter à la pression sur ses finances déjà exsangues.
Un mirage temporaire pour assurer la réélection
Le reprofilage, loin de soulager réellement les finances publiques, n’est qu’un artifice pour masquer la situation désastreuse et tenter de donner une image de stabilité avant l’élection présidentielle. Pourtant, ce processus n’est qu’une illusion temporaire, et ne fait qu’étirer davantage la durée des souffrances économiques du pays. Les banques qui participeront à cette opération (comme BGFIbank, AFG Bank Gabon, Ecobank et UBA) risquent de s’engager dans un pari dangereux, car elles s’exposent à des risques accrus dans un contexte où la confiance dans l’État gabonais est déjà extrêmement fragile.
Une spirale de la dette de plus en plus incontrôlable
En parallèle, l’État gabonais s’enfonce toujours plus profondément dans la spirale de la dette : en 2024, la dette publique a dépassé les 70 % du PIB et continue de croître. Alors que l’endettement semble de plus en plus hors de contrôle, Oligui Nguema tente de repousser l’échéance de l’inévitable crise financière en signant des accords d’endettement qui augmenteront encore la dépendance du pays vis-à-vis des bailleurs internationaux. Et pour quelle finalité ? Garantir sa réélection, au détriment d’une véritable stratégie économique à long terme pour le Gabon.
Un piège qui alourdit l’avenir économique du pays
L’opération de reprofilage de la dette, bien que présentée comme une bouée de sauvetage, est en réalité un piège qui pourrait accabler le pays pour les décennies à venir.
