Une Association au Service du Pouvoir en Place
Fondée le 16 mars 2024 par Aurélien Mintsa Mi Nguema, l’association Ossimane prétend représenter une « vision » pour le développement communautaire dans la province du Woleu-Ntem, au Gabon. Cependant, derrière cette façade, elle semble davantage servir de plateforme pour une instrumentalisation politique et ethnique, soutenue par un pouvoir en place qui se nourrit de réseaux clientélistes. Selon les récentes révélations, le véritable objectif de cette association n’est ni plus ni moins que de renforcer le soutien électoral au régime d’Oligui Nguema, au mépris des principes de transparence démocratique.
Le Président d’Honneur et les Conflits d’Intérêts
Ossimane a été lancée avec l’ambition de fédérer les forces vives du Grand Nord gabonais autour d’un projet de développement, mais il apparaît clairement que cette initiative se veut aussi une plateforme d’affirmation politique. Le président d’honneur de l’association, Brice Clotaire Oligui Nguema, actuel président de la Transition, symbolise ce lien étroit entre l’association et le pouvoir exécutif. En théorie, un chef d’État en exercice devrait s’abstenir de toute implication dans une organisation qui pourrait être perçue comme ethnique ou partisane, surtout si elle bénéficie de son soutien.
La Pensée Patriotique : Un Masque pour le Clientélisme
Le récent article de l’Union met en lumière cette ambiguïté. Ossimane, loin de s’arrêter à un simple projet de développement, semble bien plus un instrument de propagation de la « pensée patriotique » que son nom et ses objectifs revendiqués laissent supposer. Le « patriotisme » évoqué par les membres de l’association devient vite une rhétorique politique à vocation électoraliste, un appel à la solidarité ethnique et régionale qui divise davantage qu’il ne rassemble. Sous cette couverture, Ossimane participe à la consolidation d’un système de pouvoir basé sur les relations ethniques et régionales plutôt que sur des compétences ou des projets véritablement inclusifs.
Une Structure Politique au Service du Pouvoir
La mise en place de coordinations dans l’ensemble des neuf provinces du Gabon, dont la plus récente dans l’Estuaire en janvier 2025, n’est rien de plus qu’une extension de ce système de clientélisme. En fait, l’objectif est d’instrumentaliser ces structures pour obtenir un soutien populaire en vue de la présidentielle, en utilisant les ressources publiques et les réseaux administratifs pour mobiliser les électeurs. La présence de nombreuses figures politiques issues de l’ethnie Fang renforce encore cette dimension ethnique, accentuant les accusations de tribalisme et de favoritisme qui planent sur l’association.
Le Développement ou la Propagande Électorale ?
Ossimane, en tant que plateforme de soutien au président Oligui Nguema, va donc au-delà du simple développement communautaire. Elle devient un organe de propagande politique, camouflé sous les faux atours d’un engagement pour le bien-être des populations. L’influence directe qu’exerce le président de la Transition sur cette organisation soulève la question de la séparation des pouvoirs et de la neutralité de l’État. En cette période électorale, un chef d’État qui soutient directement une organisation semblant encourager une base ethnique pour sa réélection viole les principes de transparence et d’égalité devant le suffrage.

Des Pratiques Clientélistes et une Structure Fragile
Les comparaisons avec des structures similaires du passé, comme l’AJEV ou les Collégiens de Nourredine Bongo Valentin, sont frappantes. Ces organisations ont toutes disparu une fois leurs mentors tombés du pouvoir. De même, Ossimane semble vouée à suivre cette voie. Si Oligui Nguema perd le pouvoir, l’association perdra toute sa légitimité et son utilité, comme l’ont fait avant elle les structures politiques du régime Bongo. Ce phénomène de recyclage des réseaux d’influence ne fait que renforcer l’idée que ces organisations sont des instruments temporaires créés pour maintenir une emprise sur le pouvoir, mais dont la survie est liée à la stabilité du régime en place.
Ossimane et le Risque d’une Divisions Durable
Le véritable défi pour le Gabon est de se débarrasser de ce cycle de clientélisme ethnique et régionaliste qui mine son développement. Au lieu d’unir le pays, Ossimane contribue à renforcer les divisions, en donnant l’impression qu’un soutien politique ne peut se construire que sur des bases ethniques. Ce type de fonctionnement porte un coup sévère aux principes d’égalité et d’unité nationale, essentiels pour le bien-être du Gabon.
Une Structure Vaine et Fragile en Cas de Changement de Régime
Tant qu’Ossimane continuera de bénéficier du soutien politique d’Oligui Nguema, elle représentera un obstacle à la consolidation de la démocratie et à la véritable réconciliation nationale. Comme les précédentes structures politiques clientélistes, elle risque de disparaître dès que le régime changera, laissant derrière elle un pays encore plus divisé qu’avant. Au lieu de promouvoir une pensée « patriotique » qui rassemble, Ossimane, dans son actuel état, ne fait qu’élargir le fossé entre les Gabonais et compromettre les chances d’un avenir plus unifié et démocratique pour le pays.

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