Trois interviews, trois échecs : Décryptage du naufrage médiatique en trois actes de Oligui Nguema

Trois interviews, trois échecs : Décryptage du naufrage médiatique en trois actes de Oligui Nguema

Trois interviews, trois chaînes, un seul constat : la parole du général Brice Clotaire Oligui Nguema peine à convaincre. Gabon 24, France 24 et TV5 ont successivement offert au chef de la transition une tribune censée redorer son image sur la scène nationale et internationale. Pourtant, à l’arrivée, ces entretiens ressemblent davantage à un naufrage médiatique qu’à une démonstration de leadership. Forme trop rigide, manque de maîtrise des dossiers, absence d’arguments structurés… Le tableau est accablant. 

Une mise en scène grossière et mal exécutée 

Dès les premières minutes des diffusions, un malaise s’installe. Le format des interviews, déjà trop cadré, laisse peu de place à la spontanéité. L’exercice aurait pu permettre à Oligui Nguema de se distinguer par une maîtrise fluide et un discours impactant. Or, le résultat est tout autre. Les questions, manifestement communiquées en amont, ne donnent lieu qu’à des réponses décousues, mécaniques, manquant cruellement de naturel. 

Le plus frappant demeure le ton emprunté : loin d’être celui d’un chef d’État qui dialogue, Oligui Nguema semble davantage réciter un discours pré-rédigé. Sa diction hésitante, parfois entrecoupée de fautes de syntaxe, de constructions grammaticales approximatives et d’erreurs de prononciation, renforce l’impression d’un leader en manque de maîtrise de l’exercice. Un chef d’État doit incarner l’aisance et la clarté. Ici, l’écoute devient laborieuse, le message inaudible. 

Une incapacité à structurer le fond 

Si la forme est maladroite, le fond l’est davantage. Ces trois entretiens avaient pour but de rassurer et de présenter des avancées concrètes. Mais au lieu d’une argumentation structurée, le téléspectateur assiste à une série de réponses floues, marquées par une incapacité notoire à aborder les questions économiques sous un angle chiffré et précis. 

Concernant les infrastructures, le chef de la transition se contente d’affirmer que « des projets ont été réalisés » sans jamais avancer de chiffres, de détails sur les montants investis, ni d’indications sur les entreprises impliquées. Lorsqu’il est interrogé sur les réformes budgétaires, il reste dans un registre généraliste, évitant toute mise en perspective précise des mesures instaurées et de leur impact chiffré sur les finances publiques. Un vide éloquent. 

De la même manière, la lutte contre la corruption, pourtant annoncée comme un axe central de son mandat, est traitée avec une incohérence criante. Alors qu’Oligui Nguema se félicite des efforts menés, la réalité est toute autre : aucune personnalité d’envergure n’a été condamnée, et certains hauts responsables soupçonnés de détournements, à l’instar de son propre frère Aurélien Mintsa Mi Nguema, ancien directeur du Budget, limogé pour des soupçons de malversations, continuent d’évoluer dans les sphères du pouvoir sans la moindre inquiétude judiciaire. Un silence assourdissant. 

Un aveu d’ingérence flagrant 

L’un des points les plus troublants de ces entretiens réside dans l’affaire Sylvia Bongo. Oligui Nguema déclare publiquement que les juges disposeraient de preuves accablantes attestant de falsifications de signature de la part de l’ancienne première dame. Une affirmation qui constitue une violation flagrante du secret de l’instruction et qui met en lumière son ingérence dans un dossier judiciaire en cours. En tant que chef de l’Exécutif, il est censé garantir la séparation des pouvoirs, non commenter publiquement des enquêtes en cours. 

D’une simple maladresse verbale ou d’une tentative d’influence assumée, le résultat demeure le même : le chef de la transition fragilise encore un peu plus l’image d’une justice indépendante au Gabon. Un comble pour un homme qui prétend incarner une nouvelle ère politique.

Un exercice raté, des inquiétudes renforcées 

En somme, ces trois interviews révèlent bien plus qu’une simple maladresse médiatique. Elles exposent au grand jour les limites d’un chef de l’Etat qui peine à endosser pleinement le costume. Forme préparée mais mal maîtrisée, contenu creux et imprécis, absences de réponses solides sur des questions économiques majeures… Le tableau est des plus alarmants. 

Loin de rassurer l’opinion, ces apparitions télévisées ont surtout confirmé les doutes qui pèsent sur la capacité d’Oligui Nguema à présider aux destinées du Gabon avec la rigueur et la vision requises. Dans une période où le Gabon a besoin de clarté et de leadership affirmé, ces prestations apparaissent comme un avertissement sur la fragilité du pouvoir en place. Une parole présidentielle doit inspirer, orienter, convaincre. Celle de Brice Clotaire Oligui Nguema laisse, pour l’heure, un goût amer d’improvisation et d’insuffisance.